Texte de Pierre Restany,
Avril 1998, publié dans
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Entre l'intuition et la raison
C'est donc sur cette force signifiante du land art de Shigeko Hirakawa que s'était fixé mon souvenir et quand j'ai vu à Choisy-le-Roi ses travaux récents en février 1998, qui représentent le volet intimiste de sa démarche, je n'ai pas été déçu le moins du monde. Jai retrouvé dans ses peintures et ses sculptures l'incisive clarté de l'exactitude de sa découpe formelle du terroir. Ses sculptures d'assemblage en fibres compressées évoquent, dans le déhanchement de leurs courbes, des lignes sinueuses de chutes d'eau ou des cascades en gouttières serpentines. Les pièces posées à plat sur le sol évoquent elles aussi la fluidité elliptique d'une surface onduleuse où viendrait s'affirmer, dans les tons clairs du beige du cartonnage, la marque dynamique d'un territoire existentiel. Les peintures de Shigeko Hirakawa qui sont des toiles délavées, rongées par l'acide détergent, sur des panneaux aux formes irrégulières, évoquent des configurations amibiennes au noyau dilué, ou encore les cotylédons de je ne sais quelles graminées phanérogames prêtes au clonage biologique. Ces oeuvres d'intérieur qui précèdent dans leur conception l'intervention « In situ » de Mont-de-Marsan témoignent bien de la sensibilité osmotique de leur auteur : elles constituent, chacune à leur manière, des sortes de maquettes d'espace libre au contact desquelles se développe en une juste harmonie entre l'intuition et la raison, la pensée créatrice de l'artiste. L'imagination spatiale de Shigeko Hirakawa est dynamisée par un souffle profond et une vision vaste où le sens aigu de l'écologie s'allie à une réflexion constante sur le devenir de l'être. C'est dans ce binôme réaliste-spirituel que l'artiste puise et consolide au quotidien son envergure conceptuelle. Un vrai travail de précision dans l'obstination à la manière d'une fourmi géniale. Au risque d'effaroucher sa modestie, je nourris pour Shigeko Hirakawa des ambitions très larges : à la frontière entre le matérialisme moderniste du land art et du minimalisme « néo-Zen » du Mono-ha, l'artiste doit s'affirmer à la place authentiquement originale qui est la sienne. Je pense que ce voeu conclusif donne tout son vrai sens
à mon
texte de présentation. |
| Pierre RESTANY Paris, avril 1998 |